Temps de lecture : 5 min
L’été 2026 ne peut plus être considéré comme une succession d’accidents météorologiques isolés. Après un premier épisode de fortes chaleurs dès la fin mai, la France a connu plusieurs vagues de chaleur. Juillet est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des mesures en 1900 ( d’après le Bilan climatique Météo France) . Cette succession de canicules, conjuguée à la sécheresse des sols et au manque d’eau, a favorisé une saison d’incendies historique.
L’inaction coûte déjà des milliards
Selon une estimation présentée le 2 septembre par la Direction générale du Trésor devant une mission d’information de l’Assemblée nationale, les vagues de chaleur et la sécheresse de l’été retrancheraient 0,1 point au PIB en moyenne annuelle en 2026, soit environ 3 milliards d’euros. Le principal impact immédiat passerait par l’agriculture, dont la valeur ajoutée reculerait de 8 %.
Cette première estimation est cependant loin de mesurer l’ensemble des conséquences : entreprises à l’arrêt, les trains supprimés, infrastructures endommagées… À cela s’ajoutent des coûts plus difficiles à mesurer : mortalité prématurée, dégradation de la santé, perte de capital forestier, épuisement des agents publics ou disparition de revenus futurs. L’été 2026 le démontre : l’inaction climatique coûte déjà des milliards et détruit des vies, des emplois et des capacités de production.
Le coût est aussi humain
La canicule du 17 juin au 2 juillet est associée à 5 764 décès toutes causes en excès dans les périodes et départements concernés, soit une hausse de 36 % ( Santé public France ). Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent les deux tiers de cet excès de mortalité, mais une surmortalité est observée dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans, avec une hausse marquée dès 45 ans.
Ce chiffre est encore provisoire, mais les canicules précédentes avaient déjà montré l’ampleur du cout sanitaire. Une étude de Santé publique France consacrée aux épisodes de 2015 à 2020 l’évalue entre 22 et 37 milliards d’euros selon la méthode retenue. L’essentiel correspond aux conséquences humaines des décès prématurés. Environ 6 milliards d’euros correspondent aux effets de la chaleur sur la santé et la vie quotidienne : hospitalisations, soins, fatigue, maladies ou limitation des activités habituelles.
Quand le travail est frappé de plein fouet
Au-delà des conséquences économiques, les fortes chaleurs ont aussi un impact humain sur le travail, comme l’a montré l’enquête canicule menée par la CGT auprès des salarié·es. Pauses supplémentaires, baisse des cadences liées à la fatigue ou arrêts de chantier : la chaleur affecte directement les conditions et le rythme de travail.
Elle affecte aussi l’outil de production, avec la surchauffe des machines et des systèmes informatiques, l’augmentation des rebuts ou encore des dépenses d’adaptation. Dans le BTP, les suspensions de travaux indispensables à la sécurité des travailleur·ses provoquent par ailleurs des retards et des surcoûts.
Au plus fort de la crise des incendies, plus de 82 000 salarié·es ont été empêché·es de travailler selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Économie. Ces données ne prennent pas en compte tous les indépendants, les saisonnier·es dont le contrat a été annulé ou encore la baisse de productivité des salarié·es ayant continué à travailler dans la chaleur.
Les salarié·es placé·es en activité partielle à la suite des incendies peuvent perdre près de 28 % de leur salaire net, alors que l’État rembourse intégralement l’indemnité versée par l’employeur. Les saisonnier·es dont l’embauche a été annulée ou le contrat interrompu risquent, eux, de ne bénéficier d’aucune compensation.
Services publics : la gestion dans l’urgence a un coût
Pompiers, équipes hospitalières et sociales, services techniques, forces de sécurité : la succession des canicules, des incendies et de la sécheresse entraîne une mobilisation exceptionnelle des services publics.
Aux dépenses liées aux interventions s’ajoutent l’évacuation et l’hébergement des populations, les distributions d’eau, l’approvisionnement par citernes ou encore la surveillance des réseaux. Cette mobilisation exceptionnelle pèse sur les missions ordinaires : certaines interventions sont retardées, les équipes accumulent des heures supplémentaires et les congés doivent être reportés.
La répétition des événements climatiques pose ainsi une question structurelle : les moyens des services publics peuvent-ils continuer à être mobilisés dans l’urgence sans investissements durables dans les effectifs, les équipements, la prévention et l’adaptation ?
Anticiper plutôt que réparer
Pour la CGT, la gestion de crise ne peut plus tenir lieu de politique climatique. Il faut organiser une planification associant adaptation et atténuation : renforcer les hôpitaux, les services d’incendie et de secours et les services de l’eau, rénover les logements et les bâtiments publics, adapter les réseaux, protéger les salarié·es exposé·es à la chaleur et prévenir les incendies.
L’adaptation ne suffira pas si les causes du réchauffement ne sont pas combattues. Cela implique de réduire les émissions, transformer les procédés industriels, développer les transports collectifs et ferroviaires et réorienter les investissements. Cette transformation doit préserver et créer des emplois, garantir les qualifications et répondre aux besoins des territoires.
Pour la CGT, cette planification ne peut être abandonnée au marché ni décidée sans les travailleur·ses. Les salarié·es et leurs représentant·es doivent disposer de droits d’intervention sur les choix de production, les investissements, l’utilisation de l’eau et de l’énergie, l’organisation du travail et les stratégies environnementales des entreprises.
→ À lire aussi : Canicule, incendies : les propositions de la CGT face au dérèglement climatique
L’été 2026 le démontre : l’inaction climatique coûte déjà des milliards et détruit des vies, des emplois et des capacités de production. Le choix n’est pas entre agir pour le climat ou protéger l’économie, mais entre une transformation écologique anticipée, financée et socialement juste, et une succession de catastrophes dont les salarié·es, les services publics et les territoires continueront de payer le prix.
Poster un Commentaire